Pas de qualification IRVE, pas de chantier au-delà de 3,7 kW — et pas d'aides pour votre client. Cette reconnaissance est devenue la carte d'entrée du marché des bornes de recharge. Reste à savoir ce qu'elle couvre vraiment, comment l'obtenir, et comment la faire savoir pour qu'elle vous ramène des demandes de devis.
En résumé
Poser une borne de recharge dans les règles, ça s'atteste : c'est tout l'objet de la qualification IRVE. Dès qu'un point de charge dépasse 3,7 kW, elle devient obligatoire. On l'obtient après une formation, auprès de Qualifelec ou d'AFNOR Certification. Trois niveaux existent, du garage du particulier à la charge rapide.
Qualification IRVE : de quoi parle-t-on exactement ?
Infrastructure de recharge de véhicule électrique : voilà ce que cache le sigle. Derrière, il y a tout ce qui permet de brancher une voiture — la borne, le câble, les protections au tableau, parfois un système de supervision. Officiellement, la qualification IRVE reconnaît votre savoir-faire sur ce type d'équipement. Un organisme indépendant la délivre, après examen de votre dossier d'entreprise.
Deux mots prêtent souvent à confusion. Se former, c'est apprendre à travailler sur ces dispositifs ; être qualifié, c'est attester que votre entreprise sait les mettre en œuvre. Les deux se tiennent, puisqu'aucun organisme ne vous qualifie sans attestation de stage. Même logique, au fond, que pour la qualification RGE côté rénovation énergétique.
Ce que dit le décret de 2017
Tout part du décret du 12 janvier 2017. Passé 3,7 kW sur un point de charge, l'installation doit être confiée à un professionnel qualifié. En dessous, sur une simple prise renforcée, aucune obligation. Autant dire que presque tous les chantiers sérieux tombent dans le champ du texte : vos clients, eux, veulent recharger vite.
Qui délivre la certification
Deux organismes se partagent l'essentiel du marché français. Qualifelec adosse une mention IRVE à votre qualification électricité — les donneurs d'ordre du bâtiment la repèrent tout de suite. AFNOR Certification délivre une qualification tout aussi reconnue, souvent retenue par les entreprises qui travaillent déjà avec elle. Accrédités l'un comme l'autre, ces organismes contrôlent vos références de chantier.
- Qualifelec : mention IRVE par niveau, en complément de votre qualification d'électricien
- AFNOR Certification : même démarche, mêmes maîtres d'ouvrage convaincus
- Dans les deux cas, un dossier d'entreprise à jour : assurance, moyens, chantiers réalisés
- Rien d'acquis à vie : la qualification a une durée limitée et se renouvelle
Pourquoi l'installation des bornes est réservée aux qualifiés
Une borne n'est pas une prise de plus. Elle tire du courant des heures durant, souvent la nuit, sur une installation qui n'avait jamais été pensée pour ça. Échauffement, défaut d'isolement… le risque est bien réel, surtout dans un pavillon des années 1980. D'où ce garde-fou réglementaire.
Être en règle n'est pourtant que la moitié de l'affaire. Pour un électricien qui veut développer cette activité, la qualification ouvre des portes très concrètes.
- Des chantiers conformes au décret, donc assurables sans discussion
- L'accès aux aides publiques, à commencer par le programme Advenir en copropriété et en entreprise
- De quoi rassurer le particulier qui compare trois devis et cherche une preuve, pas une promesse
- Une place dans les consultations des syndics, des bailleurs sociaux et des gestionnaires de flotte
- Le référencement chez les constructeurs et les réseaux d'installateurs, qui l'exigent presque tous
Reste un effet commercial plus discret. Votre client vient d'acheter son premier véhicule électrique : des normes de charge, il ne connaît rien. Ce qu'il cherche, c'est quelqu'un à qui confier un équipement coûteux. La certification joue ce rôle de signal, exactement comme une attestation d'assurance jointe à un devis.
Les trois niveaux de qualification IRVE
Selon le type de bornes que vous visez, la qualification se décline par niveaux. Je n'ai qu'un conseil ici : prenez celui qui correspond à vos chantiers réels, pas le plus prestigieux. Monter d'un cran plus tard restera toujours possible, une fois les premières références en poche.
Niveau 1 : la borne simple chez le particulier
Bornes non communicantes, surtout en maison individuelle : voilà le périmètre de ce premier niveau. Le quotidien de beaucoup d'artisans électriciens, en somme — un garage, une place de stationnement, une voiture à recharger la nuit. Des trois formations, c'est la plus courte. Si vous démarrez sur ce marché, la porte d'entrée est là.
Niveau 2 : les bornes communicantes et la supervision
On monte d'un cran avec les bornes communicantes, capables de dialoguer à distance avec un système de supervision. Vous configurez l'appareil, vous pilotez la charge, vous paramétrez badges et accès. Copropriété, entreprise, parkings partagés : c'est le niveau attendu partout où plusieurs points de recharge se répartissent la puissance disponible.
Niveau 3 : la charge rapide
Vient enfin la recharge rapide en courant continu, au-delà de 22 kW. Stations en bord de route, concessions, dépôts de flottes. Les exigences techniques grimpent nettement, et le raccordement au réseau devient un projet à lui seul — avec le gestionnaire de distribution dans la boucle.
Comment obtenir la qualification IRVE, étape par étape
La démarche est surtout administrative. Pour une entreprise qui tient ses papiers à jour, rien d'insurmontable — mais anticipez-la avant de signer un gros chantier.
- Vérifiez vos habilitations électriques et votre couverture d'assurance
- Suivez une formation IRVE du niveau visé, dans un centre habilité
- Réunissez les pièces de l'entreprise : Kbis, attestations, références de travaux
- Déposez le dossier chez Qualifelec ou AFNOR Certification
- Patientez le temps de l'instruction, puis affichez la qualification sur vos devis et votre site
L'étape de la formation
La formation se suit dans un organisme habilité et débouche sur une attestation. Conception, installation, maintenance : le programme tient en trois mots. Lecture des normes, dimensionnement, câblage, mise en service, essais — tout y passe. Et la pratique compte autant que la théorie, puisque c'est elle que vous retrouverez sur le chantier.
L'étude de conception et le dossier
Le dossier réclame en général une étude de conception. Document simple : puissance disponible, bilan de charge, section des câbles, protections, emplacement des points de recharge. Vous savez dessiner un schéma de tableau ? Alors vous savez le produire. L'organisme vérifie ensuite que l'entreprise tient debout — moyens humains, matériel, assurance, chantiers récents.
Gardez systématiquement une trace de vos interventions. Les photos de chantier avant après alimentent d'abord votre dossier de qualification, puis votre site et vos réponses aux appels d'offres. Un seul travail, plusieurs usages.
Faire savoir que vous installez des bornes de recharge
Une qualification qui dort dans un classeur ne rapporte rien. Presque toutes les demandes de borne démarrent par une recherche Google, souvent avec le nom de la commune. Absent de cette page de résultats, vous perdez le chantier — qualification ou pas.
Le réflexe qui paie ? Créer une page dédiée à l'installation des bornes sur votre site internet d'électricien, plutôt qu'une ligne noyée dans une liste de prestations. Racontez le déroulé d'un chantier, affichez le logo de votre qualification, montrez deux ou trois réalisations. Et si vous couvrez plusieurs communes, sachez que le référencement local sur plusieurs villes demande une vraie organisation de vos pages.
- Le logo Qualifelec ou AFNOR bien visible, jamais relégué en pied de page
- Une page par cible : maison individuelle, copropriété, charge rapide
- Des photos du tableau, de la borne posée, du cheminement des câbles
- Un formulaire court : modèle de véhicule, puissance souhaitée, c'est tout
- La mention « installation de bornes de recharge » dans votre fiche Google
Exemple
Prenons un électricien qui pose déjà des bornes chez des particuliers. Faute de qualification de niveau 2, il se fait écarter de deux consultations en copropriété. Il suit donc la formation, obtient sa mention, puis publie sur son site une page consacrée à la borne de recharge en copropriété : schéma d'un parking, déroulé de la réunion avec le syndic, photos du local technique. Les demandes de devis arrivent ensuite en direct, sans intermédiaire.
Les points clés
- Dès qu'un point de charge dépasse 3,7 kW, la qualification IRVE devient obligatoire.
- Elle s'obtient après une formation, auprès de Qualifelec ou d'AFNOR Certification.
- Trois niveaux : bornes simples, bornes communicantes, puis charge rapide.
- Sans elle, votre client perd l'accès aux aides et vous perdez le chantier.
- Une page dédiée sur votre site transforme cette qualification en demandes de devis.
Questions fréquentes
La qualification IRVE est-elle obligatoire pour toutes les bornes ?
Non. Le seuil, c'est 3,7 kW : au-delà, elle s'impose. En dessous, pour une prise renforcée, le décret n'exige rien. Sauf qu'en pratique, la plupart des clients veulent recharger plus vite — la question arrive donc très vite sur la table.
Combien de temps faut-il pour se qualifier IRVE ?
Comptez quelques jours pour la formation du premier niveau, souvent bouclée rapidement. Le vrai délai vient d'ailleurs : l'instruction du dossier par l'organisme, qui prend plusieurs semaines. Lancez la démarche avant d'avoir un chantier signé qui attend votre attestation !
Un artisan seul peut-il installer des bornes de recharge ?
Oui — la taille de l'entreprise n'entre pas en jeu. Un électricien indépendant peut se qualifier dès lors qu'il a suivi la formation du niveau visé et qu'il est à jour d'assurance et d'habilitation. Beaucoup d'installateurs travaillent ainsi, sur un rayon de quelques dizaines de kilomètres autour de leur atelier.
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